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En arrivant chez lui, il déposa les escargots dans leur petite maison, s'assit sur une chaise et réfléchit longtemps.

Avait-il eu raison de ramener ses protégés pour les sauver d'un éventuel danger ? Avait-il eu raison de les priver de liberté au nom de la sécurité ? Comme, au bout de deux mois, il restait incapable de répondre à ces vertigineuses questions, il tenta de se borner à constater qu'il s'était finalement attaché à ces petites créatures et que cet attachement lui avait peut-être fourni un prétexte-cheval. 

Comme d'habitude, cheval mis à part, se dit-il pour clore le sujet. Ce qu'il ne parvint évidemment pas à faire. Il choisit donc d'interpréter le premier signe venu et alla dans la cuisine. Ses yeux tombèrent sur un chou. Il attrapa un couteau, coupa le chou en tranches et en donna aux escargots pour voir s'ils aimaient ça. Non les escargots ne prisaient pas le chou, fût-il tranché.

Compris, fit-il.

Pour la première fois depuis des années, il dormit tranquillement. Le lendemain il prit son courage et sa voiture à deux mains, arriva dans une jolie campagne bourguignone et y déposa sécurité, liberté, attachement et monopodes.

Un bol d'air, une profonde gratitude pour ses compagnons auxquels il fit franchir le pas, puis l'homme rentra chez lui le cœur léger. Tranquille sur ses deux jambes.